Accès à la Planification Familiale en période de la COVID-19 : nécessité pour l’Etat de garantir la continuité des services

Le Burkina Faso, à l’instar d’autres pays du monde, a été touché par la COVID-19, mettant en branle un système de santé déjà peu organisé et avec des répercussions sur l’accès des femmes/filles aux services de planification familiale santé reproductifs (PF/SR) : perturbations dans les chaînes d’approvisionnement en produits contraceptifs, fermeture des services de PF/SR et crainte des femmes de se rendre dans les structures sanitaires. Pourtant, les mesures prises par le gouvernement pour contrer la propagation de la pandémie à savoir la distanciation physique, le télétravail, l’instauration du couvre-feu, le slogan “restez à la maison”… pourraient clairement favoriser la création de contacts privilégiés et réguliers dans les couples, un terrain fertile pour des relations sexuelles plus régulières au sein des foyers et un indicateur de potentiel pic d’accouchement dans les différentes maternités du pays, les mois à venir. 

En effet en avril 2020, le Secrétaire Général des Nations Unies avait lancé́ un appel pour « la fourniture continue de services de santé sexuelle et génésique tels que l’accès aux contraceptifs sans ordonnance pendant la crise COVID-19.

Malheureusement cet appel n’a pas été totalement entendu au Burkina-Faso. Les services et fournitures de contraception et de planification familiale étant des composantes de base des services de santé essentiels, l’accès à ces services est pourtant un droit humain fondamental que l’Etat doit garantir de façon continue en temps normal, comme en période de crise.

Le Burkina, pourtant meilleur élève de la PF dans la sous-région

Le Burkina Faso avait été reconnu comme l’un des pays ayant fait des efforts pour améliorer l’accès à la planification familiale et avait même été récompensé lors de la Conférence Internationale sur la Planification Familiale (CIPF) tenue à Kigali en Novembre 2018. Ces efforts considérables ont permis d’atteindre une prévalence contraceptive des méthodes contraceptives modernes chez les femmes en union à 30,07% (PMA round 6). Car la planification familiale a des avantages aussi bien pour la mère, l’enfant, la famille et toute la communauté.

Sur le plan de la santé, la planification familiale contribue à la réduction de la mortalité maternelle, à la prévention des grossesses non désirées, dont beaucoup se terminent par des avortements à risque. Sur le plan démographique, la PF permet de maîtriser le rythme de la croissance démographique et les besoins essentiels de la population, notamment en matière de santé, éducation, emploi, ressources environnementales, permettant ainsi la capture du dividende démographique.

L’accès à la PF en tout temps est essentiel

En cette période de COVID-19, avec la hantise de se faire contaminer, certains agents de santé ont fait des restrictions en ce qui concerne les soins de santé essentiels de la mère et de l’enfant. Les prestataires de soins ont vite classé les soins en deux catégories à savoir « les soins urgents » et « les soins non urgents ». Du coup, la planification familiale est considérée comme un service non urgent qui n’est pas automatiquement offerte aux femmes et adolescentes demandeuses, principalement en raison de la peur des agents de santé de contracter la COVID-19. Une cliente ayant consulté pendant le pic de la maladie à la covid 19 au mois d’Avril raconte ce qu’elle a vécu “ Je suis arrivée le matin vers 08 h pour une consultation de mon bébé de 2mois et aussi pour adopter une méthode contraceptive parce que je viens de voir mes règles après mon accouchement et j’ai peur de tomber à nouveau enceinte.

Celle qui m’a reçu m’a fait savoir que leur service n’avait pas reçu de matériels de protection (masques, gel hydro alcoolique et kits de lavage de main) pour se protéger de la maladie et moi-même n’ayant pas porté de masque, elle ne pouvait me recevoir. Je suis repartie chez moi sans pouvoir bénéficier des services. J’étais surtout inquiète à l’idée de tomber à nouveau enceinte et je ne savais vraiment quoi faire, surtout que mon mari est tout temps à la maison depuis le couvre-feu”.

Que faire pour assurer la continuité des services ? 

L’offre de services de Planification familiale dans un contexte fragile comme celui de la COVID-19 appelle à relever d’énormes défis liés à la perturbation des services de routine, la rupture de la chaîne d’approvisionnement, la réduction des effectifs de santé, la réticence des prestataires à offrir des services ainsi que la peur des femmes de se faire contaminer en allant au centre de santé ou de planning. Pourtant, le maintien de la continuité des services essentiels doit bien faire partie des piliers du plan de la riposte et devrait être pris en compte dans l’élaboration de celui-ci. Nous présentons ici quelques pistes d’actions clés pour les décideur.euse.s politiques, les dirigeant.e.s politiques, les OSC et les fournisseur.e.s de systèmes de santé afin que la fourniture continue de services de PF soit une réalité, en temps normal comme en temps de crise.

1. Protéger la santé des prestataires en lui fournissant des Equipements de Protection Individuelle (EPI) adéquats.

Les travailleurs de la santé doivent disposer d’un équipement de protection individuel adéquat et recevoir des informations et un briefing clair sur le coronavirus, son itinéraire et son mode de transmission, ainsi que l’épidémiologie nationale et locale de sa propagation. Cela leur permettra de comprendre la meilleure façon de continuer à fournir en toute sécurité́ des services de santé essentiels dans leur environnement.

2. Encourager la fourniture des méthodes de planification familiale auto-soins aux femmes et aux hommes de manière proactive.

Les méthodes de planification familiale auto- soins comprennent les pilules contraceptives d’urgence, les injectables, les préservatifs, les anneaux vaginaux et les méthodes de sensibilisation à la fertilité́ et peuvent être utilisées ou réapprovisionnées en toute sécurité́ pour les utilisateurs. L’OMS fournit des conseils détaillés sur leur utilisation correcte (https://www.who.int/reproductivehealth/publications/self-care-interventions/en/)

3. Impliquer les gestionnaires de programme de santé dans la réponse à la crise.

L’implication des gestionnaires de programme de la santé reproductive, maternelle, néonatale, infantile et de l’adolescent (SRMNIA) dans la réponse devraient permettre de ne pas réorienter le personnel clé des services SRMNIA à la réponse directe. D’autres alternatives peuvent être utilisées comme le recrutement et la formation du personnel additionnel, la mise en œuvre de la délégation /partage des tâches, la mise en pratique les auto-soins (l’auto-infection du DMPA par exemple) et la télémédecine.

● Article proposé avec le soutien du Programme Leadership au Sahel (PLS), une initiative OASIS par les lauréat.e.s du PLS 2020 du Burkina Faso à savoir : 
o ZONGO /OUEDRAOGO Virginie, sage-femme, attachée de santé, Jhpiego, Ouagadougou. Burkina Faso
o ZERBO/NIKIEMA Georgette, Sage-femme, attaché de santé, TCI/Intrahealth, Ouagadougou/Burkina Faso
o OUEDRAOGO Sibiri Paul, Maïeuticien, Master II en santé sexuelle et reproductive, ENSP, Ouagadougou, Burkina Faso

Publié le 20-08-2020 dans LeFaso