Amélioration du taux de prévalence contraceptive et financement de la PF au Bénin : L’implication des mairies et collectivités locales s’impose

Malgré les engagements internationaux pris par le Bénin de porter à 250 millions de francs cfa, le budget alloué à l’achat des productifs et l’accroissement du taux de prévalence contraceptive (Conférence d’Addis Abeba en Novembre 2013), les défis liés à la planification familiale peinent à être relevés. La planification familiale occupant une place stratégique dans l’éradication de la pauvreté au niveau des communautés, l’implication des collectivités territoriales, élus locaux dans la mise en œuvre des politiques d’espacement des naissances est plus qu’indispensable pour y parvenir…

Selon le contre-rapport associatif rendu public par l’Alliance droits et santé/section Bénin, l’engagement des décideurs influents au sein des communautés reste toujours faible. Toute chose qui nécessité un engagement des municipalités aux côtés de l’Etat central, pour financer et soutenir à la base des activités d’accès de leurs administrés aux produits de contraception. Ceci, pourrait donc permettre au Bénin de faire un bond quant à l’amélioration du taux de prévalence contraceptive.

S’appuyant sur les avantages supposés de la proximité, les élus ont leur part de responsabilité dans la marche vers le bien-être pour tous. Mais la réalité est encore tout autre sur le terrain. Les conseils communaux ont-ils compris la nécessité de faire de la planification familiale, une priorité ? Disposent-ils d’une ligne budgétaire pour encourager les femmes à adopter les méthodes modernes de contraception ? Difficile de répondre par l’affirmatif ! Cependant, la lutte quotidienne, le discours quotidien des autorités au niveau local n’a pas changé : améliorer les conditions de vie des populations et garantir leur bien-être.

On ne saurait parler ou œuvrer pour le recul de la pauvreté ou encore parler des actions de développement sans recourir à la Planification Familiale. Les dernières statistiques sur le taux de grossesses en milieu scolaire, c’est de la catastrophe, c’est inquiétant a tout de même reconnu le 2è adjoint au maire de la commune de Comè.

Si selon ce dernier, l’autorité communale de Comè en a fait une priorité en y consacrant même déjà une ligne budgétaire dans le budget de la commune, tel n’est malheureusement pas le cas dans la plupart des communes du Bénin. Alors qu’en collaboration avec des ONGs, point de doute que les municipalités contribuent à l’enregistrement en un temps record de plusieurs nouvelles acceptantes de la Planification Familiale.

La territorialisation de la santé publique comportant des enjeux liés à l’effectivité d’une intervention de proximité, les élus locaux sont en mesure de reformuler lesdits enjeux dans des termes de la compétition politique locale. Cette proximité entre élus locaux et populations constitue un véritable atout qu’il faudra exploiter pour véritablement repositionner la PF au niveau local et au niveau central. De même, face à l’instabilité et l’insuffisance du financement alloué par le gouvernement béninois pour la promotion de la Planification familiale, les municipalités devront davantage s’engager pour contribuer à l’espacement des naissances au niveau décentralisé. Et de ce fait, il faudra créer une ligne budgétaire pour encourager l’adoption des méthodes contraceptives au niveau local, selon le conseiller communal Innocent Dossou. « Et avec cette ligne budgétaire, les mairies pourront solliciter les compétences étant données qu’elles n’en possèdent pas pour faire le travail sur le terrain. Ceci, pour un véritable impact. Il faut créer des partenariats avec des organisations pour faire le travail » précise-t-il.

Le Bénin étant également signataire de la déclaration d’engagements régionaux des pays du Partenariat de Ouagadougou (PO) au sommet de Londres pour la Planification Familiale, et ayant pris l’engagement d’augmenter d’au moins 10% par an, la part contributive du gouvernement dans le budget alloué à l’achat des produits contraceptifs. Les municipalités et collectivités locales devront y contribuer. Grâce à leurs capacités de mobilisation des populations et de communication, les autorités locales doivent revoir également le contenu des messages à véhiculer pour faire adhérer les couples aux méthodes modernes de contraception.

L’ANCB a compris mais doit aller loin…

L’Association Nationale des Communes du Bénin (ANCB) semble avoir compris l’enjeu. Et grâce au projet d’appui à la Planification Familiale dans les communes, l’Ancb, sélectionnée par l’AIMF pour bénéficier d’un appui concernant l’initiative sur la Santé Sexuelle et Reproductive (SSR), pourra impacter les populations à la base à travers la promotion de la PF. Cette initiative est financée par la Fondation Bill et Melinda GATES et couvre plusieurs pays notamment le Madagascar, la Côte d’Ivoire, le Togo et le Bénin. Pour ce qui concerne l’ANCB, le projet vise à soutenir 5 communes en matière de planification familiale y compris la ville de Cotonou. Les quatre autres communes seront sélectionnées par appel à candidature. Mais il faudra aller loin, trouver du financement pour étendre le projet à toutes les soixante-dix-sept (77) communes du Bénin. Ceci, dans l’optique de maximiser l’impact !

Aziz Badarou

Publié le 02-09-2019 dans matin libre