Après deux grossesses non désirées, elle veut découvrir la planification familiale

Il existe depuis plusieurs décennies un centre d’écoute pour jeunes de l’Association burkinabè pour le bien-être familial (ABBEF) à Ouagadougou. Il est bon de le savoir. Nous y étions le 25 novembre 2016 dans le cadre d’une visite terrain organisée par l’Association des journalistes et communicateurs en population et développement (AJC/PD). L’ABBEF est l’une des structures pionnières dans la promotion de la santé sexuelle et reproductive des jeunes et des adolescents. Dans le centre, on y rencontre le plus souvent des jeunes de 16 à 29 ans. Si certains viennent par plaisir pour des consultations d’ados, d’autres par contre sont là malgré eux, surtout les jeunes filles. Constat !

Avec une porte d’entrée principale et une autre à l’arrière du centre, il est plus discret de s’y rendre. Une fois à l’intérieur, l’on dirait un « vrai QG » pour jeunes. Il y a tout pour les attirer, rassembler et sensibiliser.

Un café-restau, des espaces de jeux de loisirs (babyfoot, awalé, dames), une bibliothèque, un accès à Internet, un canal vidéoclub (foot en direct, projections de films), une salle d’attente équipée d’une télévision. Bref, « ce n’est pas pour rien on appelle ici centre d’écoute pour jeunes », nous souffle un visiteur.


Les condoms dénommés « bonbons » ou « biscuits »…
Au niveau de la clinique, le centre accueille par jour entre 20 et 50 clients de tout sexe. Les besoins récurrents sont des demandes de services en conseils, offres de services en planification familiale (PF), soins maternels et infantiles, consultations gynécologiques, prise en charge des cas d’avortement fait clandestinement par les clients, prise en charge des IST, VIH/SIDA, etc.

Au centre d’écoute pour jeunes de l’ABBEF, il y a aussi un code comme dans les boutiques ordinaires. Il n’est pas rare d’entendre : « Tantie, je veux des bonbons, des vestes, des biscuits, etc. », à en croire Florentine Tabsoba, assise, une ligne téléphonique à côté.

Boureima Soré, étudiant en Droit, fréquente le centre pour, dit-il, s’informer et se ravitailler souvent en préservatifs. Les condoms ou biscuits, il les utilise exclusivement avec sa partenaire qui n’utilise pour le moment aucune méthode contraceptive selon lui. La partenaire de l’étudiant Soré n’est pas la seule à ne pas utiliser de méthode contraceptive. Au centre d’écoute de l’ABBEF, nous avons également rencontré des filles dont F.R*.

Suite à des erreurs de « calculs », elle veut la pilule de lendemain…

Mais, souvent, entre plaisir et « accident » pendant rapports sexuels, le fossé n’est pas énorme.

F.R* semble l’avoir appris à ses dépens. A écouter cette jeune élève, le regard en coulisse et le sourire gêné, l’on reste sur sa faim.

F.R* prépare son baccalauréat cette année. Elle dit être venue au centre pour des consultations.

« Quand je suis venue, on m’a dit que ce n’est pas la maladie que je croyais… Je ne prends pas de contraception. Je prends mes précautions. J’ai peur notamment des pilules parce qu’on m’a dit que cela a des conséquences après. Mais, souvent, ça arrive de faire des erreurs dans les calculs. Et il peut arriver que je prenne la pilule de lendemain ». Et voici dit.

En réalité, selon Mme Konfé, Sage-femme et responsable clinique au niveau du centre, la jeune fille est plutôt venue pour se ravitailler en pilule de lendemain. Mais que dès son arrivée, elle n’a pas voulu suivre certaines dispositions administratives qui consistent d’abord à rencontrer une sage-femme. Il s’agit au fait d’une consultation obligatoire avant acquisition du produit. Et les agents profitent de ce tête-à-tête pour écouter et conseiller les jeunes.

Après deux grossesses non désirées, B.R veut enfin découvrir la PF

La pilule de lendemain n’est pas en réalité une méthode contraceptive. La jeune élève l’ignore sans doute. C’est une méthode d’urgence qui intervient après manifestement des rapports sexuels non protégés ou mal protégés. Des rapports qui ne protègent pas contre les IST et les grossesses non désirées. C’est donc désemparée que nous avons revu F.R au parking, taraudée par plusieurs inquiétudes.

Une autre cliente du centre, B.R*, que nous avons rencontrée. Elle est coiffeuse et a 23 ans. Elle vient de perdre son enfant âgé de seulement cinq semaines. Elle a porté deux grossesses non désirées. Son récit paraît tant émouvant que sombre.
« J’avais un problème (NDLR : des pertes blanches) et on m’a conseillée de venir ici. Quand je suis venue, on m’a bien reçue. L’accueil était en tout cas cordial. On m’a prescrit des produits et m’a expliqué comment éviter la maladie. Vraiment, j’ai suivi ce que la sage-femme m’a dit. Et jusqu’à nos jours, je n’ai plus les nouvelles de cette maladie.

Aujourd’hui, je suis venue pour un autre problème. C’est parce que j’ai été satisfaite la première fois que je suis revenue. Je conseille vraiment les autres filles qui ont ces genres de problèmes à venir à l’ABBEF. Pour le moment, je n’utilise aucune méthode contraceptive ».

Pourquoi ?

« Au fait, j’étais une fois venue ici pour ça, on m’a dit de revenir si j’ai des règles. Mais après mes règles, je suis repartie et j’ai constaté que j’étais enceinte. Donc, je ne l’ai pas fait. J’ai accouché mais malheureusement j’ai perdu mon bébé (silence de plomb)… J’ai accouché il y a cinq semaines de cela et c’est le samedi dernier que j’ai perdu ma fille. Comme je ne me sens pas bien, je suis un peu malade, je suis revenue pour des consultations et demander aussi des conseils.

Ma première grossesse était non désirée. C’est pour cela je conseille aux filles de prendre leurs dispositions. Même la deuxième grossesse, je ne savais pas. C’est quand je suis venue ici pour commencer à utiliser une méthode contraceptive que je me suis rendue compte que j’étais de nouveau enceinte. C’est le même monsieur, mon fiancé, qui est l’auteur des deux grossesses ».
Après cette visite au centre d’écoute, l’on se demande pourquoi ces jeunes n’utilisent pas de méthodes contraceptives modernes à temps pourtant disponibles. Il faut reconnaître qu’il y a toujours urgence d’agir. Agir pour tordre le cou aux préjugés qui minent les méthodes contraceptives. Mais agir aussi pour casser cette réticence glissée dans la mémoire particulièrement des jeunes.

Par ailleurs, il faut le reconnaître, la PF est en train d’inscrire ses lettres de noblesse au « Pays des Hommes intègres ». Installé au quartier Larlé de la Capitale burkinabè, El Hadj Zoumana Ouédraogo, un commerçant marié et père de 7 enfants, parle sans ambages du regain d’intérêt que rencontre la PF. Pour lui, cela est dû à la sensibilisation ainsi qu’à la Semaine nationale de la planification familiale (SNPF).

« Le moins que l’on puisse dire, c’est que la sensibilisation a engendré un changement de comportements », note-il. Egalement, son voisin, Etienne Sana (32 ans), mécanicien, ne tarit pas d’éloges sur la PF. D’ailleurs, malgré son jeune âge et après avoir eu trois enfants, il a décidé d’en rester là. Un choix délibéré guidé par la volonté de mieux s’occuper de sa progéniture. Il est pris d’assaut par une jeunesse avide de connaissances sur la sexualité. Et le jeu en vaut la chandelle, car les comportements à risque sont souvent sources de drames.

M.K*, âgée de 16 ans, l’a déjà appris au travers d’une expérience désagréable. Enceinte de 7 mois, la jeune fille fréquente « Pogbi » pour des consultations prénatales. Ayant arrêté ses études en classe de 4e, elle dit avoir été « surprise par la grossesse surtout par manque d’informations sur la PF ». Même si le planning familial connaît des avancées significatives au Burkina, il faudrait poursuivre les efforts déjà conjugués en mettant l’accent sur la sensibilisation.

Ces histoires, il en existe des milliers. Cela s’explique en partie par le manque d’information et de communication appropriées. Mais, il est toujours possible de rattraper le train en marche. La prévalence contraceptive au Burkina, selon l’EMDS 2015, est de 22,5% contre 25% visé. Malgré une amélioration des indicateurs, les résultats restent toujours en deçà des attentes. Il n’y a donc qu’urgence de continuer à agir.

Pour rappel, l’on note une synergie d’actions entre le ministère burkinabè de la santé et différents partenaires dans le domaine dont l’UNFPA, les bailleurs de fonds soutenant le Partenariat de Ouagadougou (Agence française de développement, Bill et Melinda Gates Foundation, Hewlett Foundation, ministère des affaires étrangères de la République française, USAID), les ONG et associations (ABBEF, BURCASO, EngenderHealth, Equilibres & Populations, Marie Stopes International, PROMACO, URCB, Médecins du Monde/France).

Noufou KINDO

Burkina24