Au Niger, des défis importants demeurent malgré une forte volonté politique

La caravane des bailleurs de fonds du Partenariat de Ouagadougou a séjourné du 24 au 26 Avril 2019 au Niger, pour y avoir de larges concertations sur les progrès, les défis et perspectives dans la mise en œuvre des diverses composantes du Plan d’Action National Budgétisé (PANB) du pays.

Le Niger a le taux de fécondité le plus élevé au monde avec environ 7 naissances vivantes par femme. Les complications issues de la grossesse et de l’accouchement constituent la deuxième cause de mortalité pour les femmes de 15-19 ans. Près de 80% des filles nigériennes ne sont pas scolarisées, bien qu’il soit démontré que l’éducation constitue un facteur d’amélioration de leurs conditions de vie. Ces statistiques alarmantes ont tendance à occulter les avancées des récentes années et la volonté politique manifeste au plus haut sommet de l’État. Le PANB du Niger a l’ambitieux objectif de passer de 12,2% de taux de prévalence contraceptive (TPC) en 2012 à 50% en 2020. Le TPC étant actuellement à 15,6% pour toutes les femmes, et 18,6% pour les femmes en union, l’objectif de 50% est encore lointain. La contribution du pays durant les 3 dernières années est de 141 000 femmes additionnelles sur 182 000 attendues en 2018 dans la phase d’accélération du Partenariat de Ouagadougou. Ainsi, le défi pour le Niger est de résorber ce retard de 41 000 femmes additionnelles et d’intensifier les interventions pour atteindre son objectif de 2020.

C’est dans ce contexte que la caravane des partenaires et bailleurs de fonds du Partenariat de Ouagadougou comprenant l’USAID, le Canada, les Pays-Bas, la Fondation Bill & Melinda Gates, la Fondation William et Flora Hewlett, l’UNFPA, le Children’s Investment Fund Foundation (CIFF) a effectué une visite de travail de trois (3) jours au Niger. La caravane a eu des rencontres très variées et de très haut niveau. Elle a été reçue en audience par le Président de la République, SEM Mahamadou Issoufou, la Première Dame, le Premier Ministre entouré de 9 autres ministres, le Ministre de l’Intérieur et des Affaires Religieuses, et le Président de l’Assemblée Nationale.

La délégation a également rencontré les bailleurs présents au Niger, la société civile, des diplomates, et toutes les parties prenantes dans le repositionnement de la planification familiale au Niger. Les membres de la caravane ont effectué trois (3) visites de terrain pour constater sur les différents sites, ce qui est fait en matière d’offre et de création de la demande. Le premier groupe s’est rendu dans le village Tchangala, près de Dosso, pour visiter un projet de Pathfinder International financé par la Fondation Gates, qui a pour but d’atteindre les adolescentes mariées par des interventions communautaires innovantes. Le deuxième groupe a visité l’école Mariama où plusieurs services de santé de la reproduction sont offerts et où les Jeunes Ambassadeurs SR/PF ont tenu une activité de sensibilisation. Le dernier groupe a visité un espace sûr à Niamey qui prend en charge les femmes souffrant de la fistule obstétricale.

Une volonté politique claire et partagée

Il est indéniable qu’il y a une compréhension très claire des enjeux et une volonté politique au plus haut sommet de l’État. Le Président de la République, lors de sa rencontre avec la caravane a rappelé l’importance de la transition démographique au Niger. Il a souligné que pour relever ce défi, le pays a une approche basée sur deux points essentiels. Dans un premier temps, un accent est mis sur la scolarisation des filles au moins jusqu’à l’âge de 16 ans, afin de réduire les mariages précoces et de permettre aux femmes d’avoir accès à une éducation appropriée pour faire des choix judicieux. Ensuite, les interventions dans le domaine de santé de la reproduction et en particulier de la contraception moderne sont d’une grande nécessité selon le Président Issoufou. Il a affirmé que le pays doit intensifier ses efforts pour atteindre les 50% de TPC, en agissant sur l’offre de services contraceptifs, avec une meilleure disponibilité des produits, une coordination des interventions et une mobilisation des financements. Sur la demande, il a mentionné que la politique de renaissance culturelle du Niger met l’accent sur le changement de mentalité des populations et une meilleure explication de la religion qui n’interdit pas la planification familiale. Le Président Issoufou a finalement noté que l’offre créait également la demande.

Le Premier Ministre du Niger, SEM Brigi Rafini, a rencontré la caravane avec 9 ministres (Finances, Santé, Enseignement primaire, Enseignement secondaire, Enseignement supérieur, Population, Jeunesse, Promotion de la femme et Renaissance culturelle). Ceci démontre d’une adhésion du pays au principe de la multisectorialité. Il a lui aussi souligné l’éducation de la jeune fille comme une condition indispensable pour atteindre les objectifs. En ce qui concerne le passage de l’âge légal du mariage à 16 ans, le Premier Ministre a affirmé qu’une loi en ce sens n’était pas constitutionnelle et que le décret en vigueur pour régler le problème avait force de loi.

Toutes les autorités du Niger sont revenues sur la situation sécuritaire du pays et son incidence sur les finances publiques. Ceci explique l’insuffisance de ressources pour les investissements nécessaires afin d’accélérer l’atteinte des objectifs de planification familiale. Elles ont également insisté sur le fait que les choses n’évoluaient pas rapidement à cause des pesanteurs religieuses.

Des défis importants à relever

La réunion avec les partenaires techniques et les bailleurs présents au Niger a soulevé certains défis à relever.
La chaîne d’approvisionnement des produits contraceptifs et plus particulièrement la distribution jusqu’au dernier kilomètre reste un défi important. Il n’existe pas de système efficace de distribution et de tracking, ce qui entraîne un surplus de produits aux niveaux régional et national alors qu’il y a des ruptures fréquentes de stocks au niveau communautaire.
Par ailleurs, vu la gratuité des services de planification familiale, les agents de santé ont tendance à favoriser les autres produits qui impliquent un recouvrement de coûts. Les antibiotiques sont, par exemple, souvent disponibles alors que les produits contraceptifs ne le sont pas.

La question des ressources humaines reste un autre défi important. Plus de 80% des agents de santé sont des contractuels communautaires. Des arriérés de plusieurs mois de salaire ont pour conséquence, un absentéisme chronique dans le rang des agents de santé. Le manque de supervision et de monitoring n’aide pas non plus la qualité des services.
Le counseling en planification familiale demeure faible et les opportunités de l’offrir aux jeunes et aux femmes pendant les visites pré et post partum sont généralement ratées.
Les financements internationaux restent toujours très peu coordonnés et peu alignés avec le PANB.

La contribution de la société civile et des jeunes

La rencontre des bailleurs avec la société civile et les jeunes a permis de faire le point sur leurs contributions respectives dans le processus de repositionnement de la planification familiale au Niger. Pour la société civile, la priorité exprimée est de faire du plaidoyer au niveau des élus locaux pour la mobilisation de ressources et du parlement pour des ressources allouées à la santé reproductive des jeunes. Il s’agit aussi de créer 2000 sites de distribution à base communautaire (DBC) par an.
Les jeunes, quant à eux, ont noté le nombre insuffisant de centres «Amis des jeunes» : il n’en existe que 14 sur toute l’étendue du territoire national. Ils ont souhaité que les ressources budgétaires soient directement mises à leur disposition pour l’organisation de leurs activités. Les jeunes ont également fait un plaidoyer fort pour qu’ils soient mieux impliqués dans l’élaboration du prochain PANB.

Recommandations de la caravane

A la fin de sa mission au Niger, la délégation des bailleurs du PO a formulé 6 recommandations à la partie gouvernementale. De façon synthétique, ces recommandations sont relatives à : l’importance de la multisectorialité afin de faire de la PF une affaire de plusieurs ministères et non seulement de celui de la santé, la priorisation de la PF dans les interventions financées par le Fonds Commun, la participation active des jeunes à tous les niveaux d’interventions, la promotion du dialogue inter et intra familial, communautaire et national, l’appropriation, la capitalisation et la documentation des expériences porteuses par le gouvernement pour soutenir le passage à l’échelle et enfin le renforcement de l’offre de services de PF par le ministère de la santé.

Photos de l’étape du Niger