Centre de santé intégré du quartier recasement : De timides progrès dans l’utilisation des méthodes contraceptives

La planification familiale permet l’espacement des naissances et donne la possibilité de retarder les grossesses chez les jeunes femmes. Les grossesses précoces sont souvent associées à un risque élevé de problèmes de santé et de décès. La planification familiale permet aux couples qui le souhaitent de limiter la taille de leur famille. En réduisant aussi les taux de grossesses non désirées, la planification familiale peut prévenir les grossesses et les naissances trop rapprochées qui surviennent parfois à un moment inopportun.

Au Niger, les autorités ont affirmé à plusieurs reprises leur volonté de promouvoir l’utilisation de la contraception, à la fois pour améliorer la santé des mères et des enfants, et pour maîtriser la croissance démographique jugée trop élevée par rapport à la croissance économique. D’où la création des services de planification familiale dans chaque établissement hospitalier, les Centres de Santé Intégrés comme celui du quartier Recasement à Niamey.

En cette matinée de fin du mois de Juillet, au service planification familiale du Centre de Santé Intégré (CSI) du quartier Recasement à Niamey, une dizaine de femmes assises sur un banc attendent leur tour devant le bureau de la sage-femme. Mme Mariam, âgée de 35 ans, mère de 4 enfants à récemment décidé d’utiliser les moyens de contraception. C’est sa première visite dans ce service de planification familiale. «J’ai enfin décidé d’utiliser la contraception pour me reposer un peu. J’en ai d’abord parlé à mon mari,  il a accepté donc je viens pour la première fois ici et j’ai choisi la pilule parce que beaucoup m’ont conseillé cette méthode». Mme Ramatou, une habituée des lieux, âgée de 26 ans, est venue comme elle fait chaque mois pour prendre ses pilules.  « C’est 40 jours après la naissance de mon enfant que j’ai commencé à prendre les pilules, c’est pour pouvoir me reposer et permettre à mon enfant de s’épanouir. Chaque mois je viens prendre les pilules et mon enfant a 10 mois aujourd‘hui », confie Ramatou.

Mme Moussa Fati, qui est sage-femme chargée de la planification familiale au CSI Recasement, essaye chaque jour d’expliquer aux femmes l’importance de l’utilisation de la contraception pour la santé de la mère et de l’enfant. Selon ses explications, elles reçoivent en moyenne 30 à 40 nouvelles utilisatrices, par mois (c’est-à-dire celles qui viennent pour la première fois pour la contraception) et entre 100 à 200 femmes « anciennes » en fonction des mois. Elle a également précisé que toutes ces femmes ont entre 15 ans et 49 ans. Elle explique que l’utilisation de la contraception permet aussi de combattre la malnutrition et les grossesses à risque. En effet, a-t-elle dit, pour beaucoup, la planification familiale est synonyme de limitation de naissances alors qu’en réalité, elle sert à espacer les naissances.

Mahamadou, lui, a accompagné sa femme au centre. Le couple a un enfant. Pour M. Mahamadou l’utilisation de la contraception n’a que des avantages.

Permettre à ma femme d’utiliser la contraception ne veut pas dire que je ne veux pas beaucoup d’enfants, je pense juste qu’après une grossesse il faut espacer pour que la femme se repose et que l’enfant puisse bien grandir. Et cela nous fera du bien parce que les temps sont durs et c’est une bonne chose de réduire les naissances car si elle accouche chaque année et avec toutes les maladies qui peuvent survenir c’est difficile à gérer financièrement, dit M. Mahamadou.

Cependant les pesanteurs socio culturelles constituent souvent un frein à la pratique effective de la planification familiale. Les données disponibles sur le statut de la femme au Niger soulignent leur dépendance économique et la faiblesse de leur pouvoir de décision au sein du ménage.

Une autre catégorie de femme rencontrée dans la file d’attente du CSI est celle des femmes qui n’ont pas l’adhésion de leurs époux concernant le planning familial. Mme H. une jeune maman, dont nous taisons le nom, a confié qu’elle est venue sans l’autorisation de son époux.  « Il m’a clairement dit qu’il ne veut pas que j’utilise une quelconque méthode de contraception, mais je suis venue quand même parce que ma santé et celle de mon bébé sont les plus importants. Et de toute façon il ne peut pas savoir que je prends des pilules», affirme la jeune femme.

Comme Mme H. une autre femme, confie qu’elle vient prendre des pilules à l’insu de  son mari. « Je connais déjà sa position sur ce  sujet,  il n’a jamais consenti, mais je le fais quand même à son insu ».

Les contraceptifs sont distribués gratuitement dans les centres de santé. Ainsi pour plus de progrès dans le domaine de planification familiale il est important que ces hommes soient réellement convaincus de l’importance de cette méthode tout au long de la vie féconde des femmes afin de favoriser leur autonomisation. Aussi, le contexte culturel et religieux est l’un des facteurs qui explique la forte fécondité, et  n’encourage pas également la pratique de la planification familiale.

Aminatou Seydou Harouna

Publié le 21-08-2019 dans le sahel