Education des filles: Les auteurs des grossesses en milieu scolaire gros risquent

Les grossesses en milieu scolaire engendrent des conséquences dommageables dans les rangs des victimes. Résistance et impunité encouragent le phénomène. Le gouvernement, à travers le Ministère de l’Enseignement Secondaire, Technique et de la Formation Professionnelle, entend sévir.

Les auteurs des grossesses en milieu scolaire subiront la rigueur de la loi. Le Ministre des Enseignements Secondaire, Technique et de la Formation Professionnelle, Mahougnon Kakpo, a été ferme sur la question à travers un communiqué en date du 5 juin dernier. «  Il m’a été donné de constater à travers l’analyse des fiches statistiques que vous m’avez adressées, que des professeurs et des élèves sont auteurs de grossesses en milieu scolaire. Cet état de choses n’est pas de nature à garantir l’égalité des chances à laquelle le gouvernement est intimement attaché pour le développement harmonieux et durable de notre pays », fait-il savoir à travers le communiqué.

Après les nombreuses sensibilisations, le gouvernement a décidé d’aller à la répression. Elles ont trop duré et ne produisent aucun effet, puisque l’impunité demeure la règle. Il n’en sera plus ainsi désormais. Une lutte salutaire d’autant que dans la plupart des cas, les victimes sont des mineures, donc des enfants. Une enfant ne saurait donc faire des enfants ; il faut qu’elle grandisse, se développe, atteigne l’âge de la maturité avant d’endosser la responsabilité de mère.
Le ministre avertit : « En attendant les conséquences pénales qu’encourt tout auteur de pareils actes, il est demandé aux chefs d’établissement, d’arrondissements d’engager sans délai contre les élèves et les professeurs auteurs de grossesses sur les filles, la procédure devant les conduire en conseil de discipline conformément aux textes en vigueur ». Selon les sanctions prévues par le Ministère, l’Etat pourrait mettre fin aux contrats des professeurs auteurs ou procéder au renvoi des élèves auteurs. Ainsi, l’enseignant auteur de grossesse pourrait être radié purement et simplement, menace Mahougnon Kakpo. Il assure que la lutte ne sera pas sélective. Les grossesses précoces et forcées sont punies par la loi 2011-26 du 9 janvier 2012, portant prévention et répression des violences faites aux femmes et aux filles au Bénin.

La détermination du gouvernement à mettre fin à ce phénomène est appréciable lorsqu’on sait que les grossesses infantiles engendrent de nombreuses répercussions sur les victimes : déscolarisation, stigmatisation, problèmes psycho-sanitaires…. L’avenir de la jeune fille enceinte est compromis même si, dans de rares cas, elle retrouve le chemin de l’école après accouchement ou elle arrive à décrocher un emploi souvent précaire.
Selon les données découlant du fichier rendu public, les élèves filles enceintes ont entre 14 et 23 ans et se livrent au sexe avec des élèves de la 6e en Terminale?

Eviter de fabriquer trop de déscolarisés !

S’il est vrai que chaque enseignant doit considérer son élève comme sa fille ou sa petite sœur, il est de notoriété que chaque parent doit mériter son titre de père ou de mère par la rigueur qu’il met dans l’éducation de son enfant. Cela passe également par le dialogue parent-enfant et davantage de conseils et de sensibilisation sur les méthodes de planification familiale. Avis donc aux uns et autres pour ne pas faire les frais de la répression qu’amorce le gouvernement dans le cadre de la lutte contre les grossesses en milieu scolaire.
Si l’on s’accorde sur la volonté du gouvernement d’enrayer le phénomène, il faut toutefois reconnaître que la répression telle qu’envisagée risque d’engendrer encore d’autres problèmes. La grossesse en elle-même est déjà une source de déscolarisation dans les rangs des victimes. Ce phénomène ajouté au renvoi de l’auteur de la grossesse (dans le cas où ce dernier est aussi un élève) créera plus de déscolarisés. Si l’enseignant auteur est radié, comment s’occupera-t-il de la grossesse étant sans emploi ? La répression d’accord, mais elle doit être mieux pensée pour ne pas fabriquer trop de cas sociaux?

Maryse ASSOGBADJO

Publié le 14-06-2018 dans La nation Bénin