Espacement des naissances et épanouissement des ménages l’Islam et la Planification Familiale : Lever les barrières!

Le Bénin peine à accroître son taux de prévalence contraceptive (16% selon la cinquième enquête démographique de l’INSAE). Si des actions sont menées pour lever les barrières religieuses à l’adoption des méthodes de contraception, le chemin reste encore long quant à une large adhésion des fidèles musulmans. Si le planning familial ne vise que l’espacement des naissances et l’épanouissement des ménages, il urge alors de lever les barrières…

Comme Sikiratou B, nombreuses sont ces femmes musulmanes qui recourent aux méthodes de contraception sans laisser le moindre soupçon dans son entourage, sa famille et même dans son propre ménage. Ceci, au risque d’être la risée de tous et d’être traitée de tous les noms vulgaires.

En effet, dans les centres de santé, la plupart des femmes qui y viennent pour adopter une méthode de contraception ne sont pas des musulmanes quand bien même ces dernières années, elles y vont de plus en plus. Pour plusieurs fidèles musulmans, ces méthodes sont proscrites étant donné que seul Allah peut décider de quand il vous faut un enfant. Une version pourtant loin de la vérité.

Le Prophète Mohamed Saw est l’un des initiateurs même du planning familial puisqu’en son temps, ses compagnons étaient allés le voir pour lui signifier que leurs femmes venaient de tomber enceinte alors qu’elle allaitent déjà un nouveau-né. Le prophète leur avait conseillé de faire ce qu’on appelle « al ’Azl » qui est le coït interrompu, a expliqué l’Imam Inoussa Izi Chérif de la mosquée centrale de Cocodji, Trésorier général de la Plateforme « Les religieux s’engagent pour la PF »

Et à l’Imam de la mosquée centrale de la commune de Tori-Bossito, Abdul Razack Djekinnou d’estimer que l’espacement des naissances soutenu par les méthodes modernes de Planification Familiale (PF) n’est pas en contradiction avec les prescriptions islamiques. « Lorsque le fidèle ne cesse de faire des enfants et qu’il manque de moyens pour en prendre soin, il faut se demander ce que deviendront ces enfants? Mais si la contraception t’empêche seulement de tomber enceinte pendant deux ou trois ans, je crois que la religion ne peut pas être contre» a-t-il poursuivi avant de reconnaître que le contenu des messages de sensibilisations justifiait le rejet des méthodes contraceptives. Des messages selon lesquels, une fois sous contraception, les femmes ne pourront plus concevoir.

Même réponse du côté de l’Imam Inoussa Izi Chèrif qui affirme que les musulmans ont pensé très tôt à une limitation des naissances. « En Islam, ce que nous entendons par Planification Familiale, c’est l’organisation et l’espacement des naissances », fit-il entendre. Quand bien même, certains Imams continuent de sensibiliser les fidèles, lors des prêches de vendredi et à des occasions de mariages ou baptêmes, sur la nécessité de recourir aux méthodes contraceptives pour mieux espacer les naissances, la lueur d’espoir peine à pointer à l’horizon. Et ce, malgré l’engagement des Imams dans la plateforme des religieux pour la PF.

Une plateforme née de la fusion de quinze (15) associations religieuses. Tous ces leaders religieux provenant des sept (07) confessions religieuses ont perçu l’espacement des naissances comme la stratégie appropriée pour contribuer de manière significative, à l’amélioration des indicateurs de développement socio-économique au Bénin. En effet, ladite plateforme vise à servir d’interface d’échanges entre les leaders religieux, le gouvernement béninois et les différents partenaires techniques et financiers du Bénin intervenant dans le domaine de la santé notamment la PF. Elle a pour mission d’œuvrer à l’instauration d’une synergie d’actions entre les leaders religieux afin de garantir l’efficacité des interventions dans le domaine de la santé aux côtés du Gouvernement.

Selon Dr Gaston Ahounou du service de la planification familiale/Ministère de la santé, des Imams ont ressorti des versets coraniques qui approuvent les méthodes contraceptives. A en croire certains musulmans rencontrés, il n’est pas question que leur épouse aille se mettre sous contraception car une fois que Dieu donne l’enfant, il donne les moyens pour en prendre soin. Le hic ici, est que les enfants abandonnés dans les rues et non-instruits faute de moyens sont de plus en plus nombreux. Aussi faut-il évoquer le sort des enfants en situation de mendicité. « Il faut que les morts en couche diminuent, que la délinquance juvénile soit éradiquée, que la femme soit soulagée. Chacun doit s’imposer une discipline responsable pour que les enfants qui découlent des unions soient des enfants sur lesquels la nation peut compter ainsi que les parents. La PF n’est pas un passeport pour la prostitution, la débauche », reconnaît tout de même Soumaila Alao, un fidèle musulman. Dans la religion musulmane, il faudra que les barrières s’estompent enfin quant aux méthodes contraceptives, pour contribuer davantage au progrès de l’humanité. Mais cela ne veut pas dire que l’Islam tolère les méthodes irréversibles de contraception comme la ligature des trompes. La planification familiale occupant une place importante dans la marche vers le développement et surtout dans la réalisation du dividende démographique, elle a donc besoin de l’adhésion de tous.

Aziz BADAROU