Keur Massar encore «réticent» à l’utilisation du préservatif féminin.

Le préservatif féminin n’est pas bien connu de la gente féminine en général. Et, ce ne sont pas les femmes de Keur Massar qui diront le contraire. Un tour dans le Centre de santé de ladite localité hier, mercredi 25 mai, avec le chef de Projet John Templeton au Sénégal, Solange MBAYE, nous a permis de découvrir la réalité. Toutefois, il faut noter que pour la contraception d’urgence, la maitresse sage-femme, Ndèye Bassine SECK, souligne qu’il y a une rupture constante à cause de la forte demande.

La planification familiale se porte bien dans la localité de Keur Massar. Cependant, parmi tous les produits offerts, le préservatif féminin reste le parent pauvre. Peu de femmes l’utilisent. Selon le corps médical du District de santé de ladite localité, les femmes, en général, préfèrent les dépôts et les implants. «Il y a beaucoup de préjugés par rapport à ce produit. Des patientes parlent de l’utilisation qui prend du temps, d’autres disent que c’est gênant, inconfortable», a souligné la maitresse sage-femme, Ndèye Bassine SECK. Pour cette dernière, pour réussir le pari de faire adhérer les femmes à cette nouvelle méthode, il faudrait travailler d’avantage à impliquer les maris, les leaders religieux, à travers une sensibilisation.

«On ne peut pas se cacher, quand on utilise le condom féminin parce qu’il est visible. Et, des fois, ce sont même nos maris qui nous les refusent car ne pouvant pas accepter qu’une femme porte le préservatif, comme le fait un homme», a souligné une patiente trouvée dans le centre de santé. Et de poursuivre: «pour certains hommes, le fait que la femme l’utilise peut être assimilé à une faiblesse de leur part. Car de tout temps, c’est l’homme qui l’utilisait et qui protégeait sa femme de toutes les maladies ou grossesse. Maintenant, si la femme a cette liberté,  l’homme qui se considère comme chef de famille, mais aussi comme le maitre de jeu en sexualité, se voit doubler dans son rôle de leader. Il déduit, du coup, que c’est inadmissible pour lui (l’homme) que la femme se mette à sa place avec ce port de condom. Et, il use du coup de sa notoriété pour le lui interdire», nous confie cette dame qui partage avec nous son expérience.

D’autres professionnelles de la santé, comme la sage-femme Rosalie Gomis, justifient ce déficit d’utilisation du condom féminin par un manque de communication dans le couple. «La sexualité est un sujet tabou dans les ménages. Les couples ne communiquent pas sur cette affaire. Les femmes sont réticentes par rapport à l’utilisation du préservatif féminin, de peur d’être prises la main dans le sac. Car certains maris interdisent même à leurs femmes d’utiliser les méthodes contraceptives», a-t-elle avancé. Et de d’ajouter: «il faut que les hommes encouragent leurs femmes à adhérer à la planification familiale. Mais, pour y arriver, il faut les sensibiliser d’avantage, en mettant à contribution toute la famille».

Pour la responsable du Projet John Templeton au Sénégal, Solange Mbaye, qui s’est rendu hier mercredi à Keur Massar, beaucoup de femmes parlent de préjugés sans jamais l’utiliser. «Comment peut-on avoir une  mauvaise appréciation du produit sans jamais l’utiliser ? Il faut d’abord le connaitre, pour en parler. Le constat est que peu de femmes connaissent le condom féminin», a relevé Solange MBAYE. En mettant l’accent sur cette forme de contraception, Solange a attesté que ce produit garde une double fonction à savoir celle de protéger la femme contre les grossesses rapprochées mais aussi contre les maladies sexuellement transmissibles. Revenant sur son utilisation, elle déclare, que le produit a connu des évolutions dans la conception. «Le condom féminin a été amélioré, il est devenu très fin, facile à utiliser et ne prend pas de temps. En plus, les femmes ont maintenant une large gamme de choix», a-t-elle soutenu.

Soulignons que le projet porté par l’Association  sénégalaise pour le bien être familial, (ASBEF) entre dans le cadre du plaidoyer visant à appuyer l’Etat du Sénégal dans la mis en œuvre  de son Plan national de sécurisation des produits, surtout en ce qui concerne les trois méthodes de planification familiale que sont la contraception d’urgence, le préservatif féminin et les implants, a rappelé Solange MBAYE.

PREVALENCE CONTRACEPTIVE A KEUR MASSAR : Une hausse de 10 points notée entre 2011 et 2016

La prévalence contraceptive a connu une hausse dans le centre de santé de Keur Massar. De l’avis de son médecin chef, Bouna NDIAYE, il est passé de 10% en 2011 à 20% en 2016, soit une progression de 10 points. Il s’agit de données collectées au niveau des structures sanitaires publiques. Selon docteur NDIAYE, un tel résultat est du à la stratégie d’action mis en place par la Pharmacie Nationale d’Approvisionnement (PNA), avec la Pra-mobile, Yeguessima, qui permet de fournir les médicaments à temps réel mais aussi avec l’appui d’autres partenaires qui aident l’Etat à atteindre ses objectifs dans la lutte contre la mortalité maternelle et infantile.

Si on y ajoute les résultats des structures sanitaires du privé, qui ne sont pas encore disponible selon docteur NDIAYE, le médecin chef de la localité compte atteindre les  30%, voire même plus, de taux de prévalence contraceptive.  Revenant sur la participation ou l’adhésion des femmes aux différentes méthodes contraceptives, le docteur NDIAYE a déclaré:

«nous disposons de la technique avec un personnel formé qui fait tout son possible pour toucher le maximum de femmes. Ce qui reste, c’est de favoriser encore la demande car les médicaments sont disponibles».

Denise ZAROUR MEDANG

SudQuotidien