« L’accès des jeunes à la contraception est un droit » , Gustave Bambara, DPP

Les questions de  population sont importantes dans les politiques de développement. D’aucuns pensent qu’il n’y a pas de développement sans une maîtrise de la croissance démographique. Et cela passe, entre autres, par l’accès des méthodes modernes de contraception des femmes et surtout des jeunes. Dans cette interviews ci-après,  le directeur des politiques de population, Gustave Bambara,  fait un tour d’horizon des enjeux démographiques au Burkina,  parle de la contraception, de l’ambition du Plan national de développement économique   et social (PNDES) pour une transition démographique,  mais avant il définit ce qu’est une politique de population.

Gustave Bambara : Une politique de population est un ensemble cohérent de mesures et d’actions d’ordre démographique,  économique,  politique  ou social visant à influencer directement ou indirectement l’état et la dynamique de la population dans le but d’améliorer les conditions de vie des populations.

Sidwaya : Quels sont les résultats de la politique de population mise en œuvre par le Burkina ?

Les résultats de la politique de population doivent s’appréhender dans un cadre global intégré de l’action gouvernementale à travers les ministères sectoriels comme celui de la Santé, de l’Education, de la Femme, etc. Depuis l’adoption de la Politique nationale de population en 1991, la thématique population est de plus en plus portée dans le discours politique et pris en compte dans les cadres d’orientation en matière de développement. Les questions de jeunes, d’enfant et de femmes, etc. notamment leur droit à la santé,  en particulier la santé sexuelle et reproductive, est largement partagé aujourd’hui ; ce qui n’était le cas il y a vingt, trente ans.La promotion de la santé a permis de lutter contre la morbidité et la mortalité en l’occurrence la mortalité infantile et chez les femmes.En termes de statistiques, la mortalité des enfants de moins de 5 ans est passée de 187‰ en 1993 à 129‰ en 2010 et la mortalité maternelle est passée de 556 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes à 342 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes en 2010. L’espérance de vie est passée de 52,2 ans en 1991 à 56,7 ans en 2010. Ce sont des progrès appréciables au regard de l’inertie des variables démographiques. Mais nous convenons que beaucoup d’efforts restent à faire pour améliorer la qualité de vie des populations.

S : Comment appréciez-vous l’évolution démographique du Burkina de 1960 à aujourd’hui ?

L’évolution démographique de notre pays est très rapide. C’est l’une des populations la plus dynamique au monde. La population  est  passée de 4,3 millions d’habitant en 1960 à 14,0 millions en 2006, soit plus du triple en moins d’un demi- siècle. Entre 1996 et 2006, le taux de croissance démographique moyen était de 3,1%. A ce rythme, la population du pays doublera chaque 23 ans. Ainsi, la population du Burkina Faso qui est aujourd’hui de 19 millions pourrait atteindre 28,6 millions en 2030 et 45,8 millions en 2050. Si la tendance se dégrade, ça pourrait être plus.S. : Quels leviers actionner pour maîtriser une croissance rapide de la population comme on l’observe au Burkina ?G.B. : Plusieurs leviers existent mais il faut  les choisir  en fonction des contextes socioculturels. Au Burkina Faso, plusieurs leviers sont actionnés.  On peut citer entre autres : la sensibilisation des populations aux défis des familles de grande taille et la responsabilité de chacun en matière de procréation (outil RAPID, théâtre forum, débat, etc.) ; la promotion de l’utilisation des méthodes contraceptives pour permettre aux individus et aux couples de choisir le moment voulu pour avoir un enfant. Aussi, la planification familiale permet d’assurer la survie de l’enfant et promouvoir la santé de la mère ; la promotion de la scolarisation universelle jusqu’au secondaire et universitaire en particulier pour filles afin d’augmenter d’entrée en première union et par ricochet, le premier enfant ; l’allaitement maternel exclusif  et intensif  jusqu’à six mois. Aussi, nous faisons du plaidoyer pour que  dans le code des personnes et de la famille, on revisite l’âge d’entrer en premier mariage.

Le Burkina  a-t-il entamé sa transition démographique ?

Au regard de la tendance de la mortalité et de la fécondité du pays et selon la théorie de la transition démographique, le Burkina Faso se trouve à la troisième phase de sa transition démographique avec la mortalité en baisse tendancielle (32‰ en 1960 contre 11,8‰ en 2010) et la fécondité (6,2 enfants par femme en 1960 contre 5,4 en 2015) qui a amorcé sa baisse mais de manière très timide.

Quel rôle peut jouer la maîtrise de la fécondité et quels avantages en tirer pour une population  jeune comme  celle du  Burkina ?

L’élan démographique dépend des jeunes d’aujourd’hui. Les enfants d’aujourd’hui sont des procréateurs de demain.  Les jeunes jouent un rôle important dans la croissance démographique. Ainsi,  la  maîtrise de la fécondité peut jouer plusieurs rôles au niveau économique, social et sanitaire.Au niveau micro, la maîtrise de la fécondité permet aux couples d’avoir une famille de petite taille donc moins d’enfants. Cela permet aux couples d’épargner davantage des ressources pour  améliorer le capital humain  des enfants et faire des investissements productifs qui vont créer encore des richesses pour améliorer les conditions de vie de la famille. Aussi, si la femme est épargnée du joug des grossesses multiples, elle pourrait davantage contribuer à la production des biens et services dans des meilleures conditions.Au niveau macro, cela permet de réduire les investissements démographiques au profit des investissements productifs ; ce qui participe à la croissance économique. Aussi, la maîtrise de la fécondité permet à moyen terme d’avoir une masse critique de la population en âge de travailler pour participer à la production.Les avantages d’une population jeune « en âge de travailler » sont nombreux. Comme un adage  populaire le dit,  « l’avenir appartient aux jeunes », ce sont eux qui vont façonner le Burkina Faso de demain. Il faudra aujourd’hui que nous leur donnons les moyens et les instruments nécessaires pour être les vrais bâtisseurs de demain.  Ce sont les jeunes qui participent à la production des biens et services, ce sont eux pour la plupart qui imaginent, qui innovent, qui inventent, etc. pour faire progresser l’humanité.Mais il faut noter que la structure actuelle de la population du Burkina Faso présente plutôt de nombreux défis que des avantages nets. Avec un rapport de dépendance  légèrement supérieur à 100%, on investit pour maintenir le statu quo. Théoriquement, il faut un rapport de dépendance inférieur à 80% pour créer une fenêtre d’opportunité pour améliorer la croissance.

Certains religieux s’opposent à l’utilisation des méthodes modernes de contraception par les femmes, les adolescents et les jeunes. Comment les convaincre et les associer à ce qui est  fait pour améliorer la santé des mères et éviter les grossesses non désirées ?

Beaucoup de gens s’opposent sans fondement culturel ou qu’elles ignorent la définition de la Planification familiale (PF). Pour le Programme d’actions de la Conférence internationale sur la population et le développement (PA/CIPD, 1994), la PF a pour objet d’aider les couples et les individus à atteindre leurs objectifs en matière de procréation dans un cadre qui favorise la santé optimale, le sens des responsabilités et le bien-être de la famille, qui respecte la dignité humaine et le droit à choisir le nombre de ses enfants ainsi que l’espacement et le moment de leur naissance.Pour les convaincre, il faut passer par la sensibilisation et le plaidoyer. Les enjeux de la planification, ce sont la santé maternelle et infantile, c’est la nécessité de conformer la croissance  démographique aux moyens du pays, c’est la maîtrise de la taille de la famille pour mieux l’encadrer et lui créer les conditions d’un minimum de confort. Par conséquent, tous, leaders religieux et coutumiers ; décideurs et intellectuels, nous devons être des ambassadeurs de l’utilisation des méthodes de contraception   en donnant les informations justes aux populations de tous les hameaux de culture du Burkina Faso. La planification est un enjeu de développement, c’est une question de santé, c’est une question d’adapter la taille de nos familles aux ressources que nous avons, c’est une question de  préservation de l’environnement.

Quels peuvent être les avantages de l’accès des jeunes à la contraception ?

L’Etat et ses partenaires font des efforts  pour  permettre à toute la population, particulièrement aux jeunes, d’avoir accès à la contraception.  L’Etat  a pris une ligne budgétaire de 500 millions pour l’achat des produits contraceptifs. Les avantages de l’accès des jeunes à la contraception sont de plusieurs ordres : protection de la santé sexuelle et reproductive des jeunes (IST, Sida, stérilité, etc.) ; avoir une procréation responsable, c’est-à-dire éviter les grossesses non désirées ; réduction des interruptions volontaires des grossesses qui surviennent souvent lors des grossesses non voulues ; réduction des mortalités des jeunes liées aux maladies sexuelles et aux avortements, etc.

D’aucuns sont contre l’utilisation des contraceptions par les jeunes. Votre avis ?

Nous travaillons à promouvoir l’accès des jeunes à la contraception. La barrière financière étant très importante nous faisons le plaidoyer pour l’augmentation des ressources à l’achat des produits contraceptifs. Y’en a qui s’opposent par ignorance et nous travaillons à les éclairer. Pourquoi refuser ce droit aux jeunes d’utiliser les méthodes de contraception. Je pense que c’est un droit aux jeunes d’avoir accès à la contraception pour  préserver leur santé et avoir des enfants au moment voulu.S. : De plus en plus, on parle de dividende démographique ; qu’est-ce que c’est ?G.B. : Le dividende démographique est la croissance économique accélérée résultant de la transformation de la structure de la population (baisse de la mortalité et de la natalité). Mais sa capture n’est pas automatique en plus de la transformation de la structure par âge de la population, il faut des investissements stratégiques dans l’éducation, la santé, l’économie et la gouvernance.

Que fait le Burkina pour en bénéficier ?

De nombreux efforts sont faits en vue de tirer parti du dividende démographie au Burkina Faso.La condition nécessaire mais qui n’est pas suffisante est la transition démographique. Le Burkina Faso a entamé le processus de la transition démographie même si la baisse de la fécondité est lente. La bonne nouvelle est que la transition démographique est une priorité pour le gouvernement. Le PNDES a pour ambition l’accélération de la transition démographique pour maîtriser  la croissance démographique annuelle afin qu’elle soit ramenée de 3,1% en 2006 à 2,7% en 2020, avec des indicateurs bien définis (ISF : de 5,4 en 2014 à 4,7 en 2020 ; taux de mortalité infanto-juvénile : 81, 6 en 2014 à 54,7 en 2020, taux de mortalité général : 11,8 en 2006 à 8%0 en 2020).S. : La politique de population du Burkina est-elle nataliste ou antinataliste ?G.B. : Nous n’avons pas de position. Nous voulons simplement maîtriser la croissance de la démographique  pour permettre un développement harmonieux de l’être humain dans le cadre du développement humain durable. Il faut que les populations sachent que les questions démographiques sont des   questions qui incombent à toute   la nation.

Boureima SANGA

Sidwaya