Lutte contre le mariage précoce: « L’Islam n’a rien omis dans nos affaires » assure l’Imam Dramé.

Imam Zeydei Dramé, président  du Réseau Islam population et développement. Une association créée au Mali en 2005. Elle est impliquée avec la coalition des organisations de la société civile dans la campagne pour la planification familiale (espacement des naissances).  Ses activités sont basées surtout sur les saintes écritures  contenues dans le Saint Coran. Dans cet entretien, l’imam Dramé dit sa part de vérité en ce qui concerne les mariages précoces et la polygamie.

Des filles ont leurs menstrues de façon précoce (9 ans). Est-ce qu’il y a une formule pour retarder le mariage précoce de ces filles ? Surtout quand on se réfère  à certaines conceptions qui disent que dès qu’une fille a ses menstrues, elle peut être proposée en mariage.

Nous avons fait beaucoup de recherche en la matière. Nous avons même tenu des ateliers en rapport avec la question. Ce n’est pas automatiquement que les responsables vont se prononcer sur ces sujets  aussi sensibles pour la société. C’est pourquoi l’Islam parle de  menstrues. L’islam n’a rien omis dans nos affaires. Toutes les réponses sont dans le livre saint. Pour en revenir au mariage précoce, certaines écoles de l’Islam affirment que le prophète a épousé Aïcha, son épouse à l’âge de neuf ans. Cela n’en est rien. Ils ont trouvé  qu’il y a une différence entre fiançailles et mariage. Selon la tradition, en Afrique une fille qui naît aujourd’hui peut être proposée  en mariage de façon symbolique à un adulte dans une autre famille. Cela ne veut pas dire qu’il va marier un bébé.

Alors c’est à quel moment on peut parler de mariage en Islam ?

C’est quand la fille est prête physiquement et moralement. Il faut tenir compte de beaucoup de paramètres pour  permettre à une fille de se marier. Mais dans les cours familiales, ici, au Mali, pour sensibiliser la population à la question, des manifestations et des meetings en rapport avec la loi de la santé de reproduction se sont tenus. Par la suite, nous nous sommes prononcés avec l’Etat. Car il y a un verset coranique qui dit  de suivre les ordres donnés par Dieu, ou  par ses messagers et par ceux qui nous dirigent, si et seulement si cela n’est pas en contradiction avec la loi divine. Dans ce code sur la santé de reproduction, il est précisé qu’un garçon  peut se marier à l’âge de 18 ans au Mali et une fille à l’âge de 16 ans. C’est  désormais  ce qui doit être respecté, et ce, de façon consensuelle.

Est-ce que vous avez un moyen de vérifier ou de faire respecter cette loi ?

A notre niveau, quand nous célébrons le mariage à la mosquée,  il est certes vrai que la fille n’est pas présente. Mais nous tenons à poser des questions aux parents des mariés afin de savoir si ce mariage a  été imposé ou accepté par les couples. Et ils nous donnent  une réponse objective. C’est après toutes ces réponses que nous célébrons le mariage. De même, nous menons des investigations sur l’âge des conjoints, l’accord des deux parties… Toutes ces précautions pour éviter les mariages imposés. Car  « Forcer un mariage » en islam, n’existe pas. Même la foi que vous avez, c’est elle qui vous permet de faire le jeûne, d’aller en Arabie Saoudite, de faire des aumônes. Parce que vous êtes convaincus. C’est pourquoi vous accomplissez tel acte ou tel autre.

Pouvez affirmer avec certitude que le mariage forcé n’existe pas en l’islam ?

Si cela est valable pour la foi, en matière de mariage, c’est la même chose. Ce que nous disons aux gens, il n’y a pas de contraintes. Le mariage forcé n’existe pas. Il y a des interprétations qui disent que le parent sait  mieux l’intérêt de son enfant que ce dernier. Dans ce cas de figure, le parent doit user de stratèges pour amener son fils ou sa fille à comprendre le bien-fondé de son initiative. Ainsi convaincu, il/ elle pourra librement faire son choix, tout en faisant votre volonté.


C’est irresponsable de loger toutes ses femmes dans une même chambre

L’imam a par ailleurs dénoncé la mauvaise pratique de la polygamie, ou des gens qui font des enfants sans espacement réel des naissances. Et ce, sous prétexte que c’est Dieu qui donnent les enfants…C’est vrai qu’un verset coranique dit que Dieu est souverain et qu’il pourvoit aux besoins des hommes et de ses créatures…Mais il est aussi vrai qu’un grand calif du prophète a dénoncé la paresse et l’oisiveté.

Il rentre dans une mosquée et  trouve qu’il y a quelqu’un qui est tout le temps dans la maison. Il lui demande, toi comment tu vis ? Il répond ceci : Mes frères qui travaillent m’entretiennent. Le  calife  lui répond dans ce cas : «  Tes frères iront au paradis avant toi. Parce que tu vis de la sueur des autres ».

Des personnes qui se disent musulmanes optent pour la polygamie dans le souci de se faire entretenir par les différentes épouses. Ils deviennent des adultes incapables. A l’en croire, il est décevant de faire partager une seule chambre par plusieurs coépouses. « En Afrique, on peut trouver un polygame, qui a ses deux ou trois femmes  qui vivent dans une même chambre.  Comment tu peux accepter une telle chose. C’est de l’irresponsabilité », a-t-il dénoncé.

Isabelle Somian