Mortalité maternelle: Des chiffres alarmants, la planification familiale comme solution

Un atelier à l’endroit des journalistes ivoiriens a été organisé du 22 au 24 janvier, par l’Association Ivoirienne pour le Bien-être Familiale (AIBEF), en partenariat avec Population Reference Bureau (PRB), une ONG américaine. L’enjeu, « Faire baisser les taux élevés de mortalité maternelle en Côte d’Ivoire grâce à un accès élargi aux services de santé ».

Cette rencontre avait d’abord pour but d’informer à partir de données précises. L’AIBEF et son partenaire ont pour ce faire, invité des experts à faire des présentations en fonction de plusieurs cas de figures. La mortalité maternelle dans sa globalité a été abordée. Le Planning Familial (PF) ou encore l’avortement ont fait l’objet de discussions et de partage d’expériences au cours de ces trois jours. Les journalistes participants ont été invités à jouer leur rôle de relais de l’information auprès de la population parfois mal informée, sur une situation pourtant alarmante.

La Côte d’Ivoire plus touchée

Selon Population Reference Bureau (PRB) ONG américaine basée à Washington, en Côte d’Ivoire, sur une population estimée à 24,9 millions d’habitants en 2018, beaucoup de femmes meurent encore en donnant la vie ou gardent à vie les séquelles d’un accouchement difficile. Le ratio de mortalité maternelle dans le pays est de 614 décès pour 100.000 naissances vivantes. Un chiffre beaucoup plus élevé que celui de ses voisins sur le même ratio, le Sénégal (448), le Mali (368), le Burkina Faso (330) et le Niger (535).

Le gouvernement et les organisations de la société civile ont depuis des années déployé d’importants moyens, pour faire baisser ce taux. Mais les efforts demeurent insuffisants au vu des dernières études. Selon les experts, il faut élargir l’accès des populations aux services de santé y compris les services de planification familiale, promouvoir plus fortement la santé de la reproduction des adolescents et des jeunes et avoir un environnement législatif plus habilitant.

La Planification Familiale (PF), une solution à la mortalité maternelle

« La planification familiale peut régler le problème de la mortalité maternelle car les causes des décès sont multiples. Mais on retient surtout celles liées aux hémorragies et complications obstétricales. La situation nous interpelle et toutes les personnes qui entrent dans la chaîne de la santé de reproduction, méritent d’être formées. Il faut planifier et espacer les naissances pour préserver la vie de la mère et celle de l’enfant. Nous vous présentons ces chiffres afin que vous, hommes et femmes de médias, passiez le message dans le but de réduire le fort taux de mortalité constaté » a réagi le Dr Toh Zérégbé, Chef du service Direction Coordination Programme de Santé National Mère Enfant (DCPSNME).

Il a été rejoint dans ses propos par le Dr Kouakou Hyacinthe Andoh, Directeur Coordinateur adjoint du PSNME. Selon le rapport commenté par ces deux spécialistes, l’application de certaines dispositions pourraient permettre de revoir les chiffres à la baisse. Il s’agit notamment de poursuivre l’augmentation de disponibilité de la PF dans les établissements de santé publics et privés, afin de passer de 90,8% en 2017 à 100 % en 2020, d’accroître d’au moins 10%  par an jusqu’en 2020 les ressources allouées à l’achat des produits contraceptifs qui sont de 400 000 000 FCFA en 2017, d’intégrer la distribution des produits contraceptifs dans le programme de Procréation Médicale Assistée (PMA) de 4 000 ASC d’ici 2020, de renforcer l’offre des services de PF dans les établissements sanitaires y compris des Services de Santé Scolaires et Universitaires-SAJ pour l’adapter aux besoins des adolescents et jeunes d’ici 2020 et aussi l’ensemble de la chaîne nationale d’approvisionnement en médicament afin accroître la disponibilité des produits de PF  à tous les niveaux de pyramide sanitaire. Une présentation confinée dans un document et qui sera mis à la disposition des autorités ivoiriennes pour réflexion puis adoption.

L’avortement, une des causes de la mortalité maternelle

L’avortement est interdit en Côte d’Ivoire. Selon la présentation du Dr Moket Germaine, gynécologue obstétricienne au CSU COM de la riviera Palmeraie Abidjan Cocody, qui s’appuie sur l’enquête PMA projection 2020, bien que la Côte d’Ivoire ait ratifié le Protocole de Maputo1, un accord signé entre les pays de l’Union Africaine visant à protéger les droits reproductifs des femmes et des filles, l’avortement n’est légal que pour sauver la vie de la femme en Côte d’Ivoire. Aucune estimation du taux national d’avortement n’est disponible, mais les quelques études existantes indiquent une pratique de l’avortement répandue en Côte d’Ivoire.

Une enquête nationale sur les femmes de 15 à 49 ans indique que 43% des enquêtées ayant déjà été enceintes, ont déclaré avoir eu un avortement provoqué, dont la majorité est pratiquée dans des conditions sanitaires risquées. Le ratio de mortalité maternelle dans le pays est élevé, avec 644 décès pour 100 000 naissances vivantes et selon les estimations des causes des décès maternels en Afrique de l’ouest, 18% de ces décès sont probablement liés aux avortements à risque.

Ainsi donc si on s’en tient à ces chiffres, « presque la moitié des femmes en Côte d’Ivoire a déjà fait un avortement puisque nous sommes à 43%. Sur 10 femmes au moins 3 sont concernées. Notre regard est sévère quand il s’agit des autres et moins dur quand nous sommes nous-mêmes impliquées. L’avortement est autorisé dans certains cas mais combien de personnes le savent ? Il est important d’informer sur la législation en vigueur et susciter le débat afin d’éveiller les consciences et ainsi sauver des vies »a invité Dr Moket Germaine.

L’interdiction de l’avortement n’empêche donc pas sa pratique. Une situation inquiétante quand on sait que les chiffres risquent d’augmenter si rien n’est fait. Les journalistes présents à cet atelier ont proposé l’introduction de l’éducation sexuelle dans le programme scolaire dès le bas âge pour éradiquer ce phénomène. Au cours de l’atelier, les participants ont pu visiter la clinique de l’AIBEF et les différentes étapes à franchir avant le choix d’une méthode contraceptive adaptée à son métabolisme.

Le travail d’équipe et les chiffres communiqués pendant cet atelier ont favorisé plusieurs pistes de réflexions. Des sujets, dossiers ou enquêtes pourraient être réalisés à travers divers angles sur la mortalité maternelle en Côte d’Ivoire. Les informations existent et la question mérite d’être traitée avec diligence.

Éric Coulibaly

Publié le 25-01-2019 dans Pole Afrique