Réduction des naissances – Quand une mère peine à payer ses produits contraceptifs

Analphabète et mère de six enfants, Mme Berté KARIDIATOU est une ménagère qui ignore le nombre d’années qu’elle a vécues en couple. Pourtant, elle nourrit le secret désir de limiter ses naissances pour offrir un mieux-être à ses six progénitures.

Seulement où trouver l’argent nécessaire pour souscrire à une méthode contraceptive ? La campagne foraine gratuite de l’AIBEF qui lui a pourtant permis de placer un implant contraceptif ne résout qu’à moitié son problème.

Car après ce premier pas, où trouver la somme de 8000 Fcfa exigée pour le retrait. Et ce, passées les cinq années de validité du produit contraceptif ?

Devant cette série d’interrogations dictées en réalité par la vie de misère qu’elle mène, dame Karidiatou a dû faire, à son corps défendant, plus d’enfants qu’elle n’aurait souhaité, a-t-elle témoigné.

Sous des tentes dressées dans un quartier précaire d’Abidjan, à Yopougon-Koweït, des agents de santé et des volontaires de l’Association Ivoirienne pour le Bien-Etre Familial(AIBEF) ont initié lundi 14 décembre 2015, appuyée dans ses actions par le Fonds de Nations Unies pour la Population(UNFPA) et l’IPPF, une campagne foraine dénommée « Projet Implant ».

L’objectif est de permettre aux populations mal servies, de bénéficier gratuitement de méthodes contraceptives de longues durées telles que « l’Implant et le stérilet ».

Une trentaine de femmes et de jeunes filles intéressées par le projet ou sensibilisées à, ont pris d’assaut le site abritant cette campagne.

Tour à tour, elles sont informées des bienfaits des méthodes contraceptives. Avant d’être reçues dans la cabine mobile stationnée à cet effet.

Aux environs de 11h (Gmt), l’affluence s’est amenuisée. Une femme ayant l’allure d’une personne âgée et portant un bébé au dos, sous ce soleil brulant est interpellée par les volontaires de l’AIBEF.

Elle marque d’abord un temps d’arrêt, semble se diriger vers les tentes, puis se rétracte à nouveau. L’insistance de la volontaire, Mme Monney et surtout, l’ombre offert par les tentes dressées, finissent par la convaincre.

Elle se dirige à petit pas sous la tente, les pieds recouverts de poussière. L’inconnue décharge difficilement le fardeau qu’elle a sur la tête. C’est un lot de pantalons défraichis qu’elle vend à la criée.

Ensuite, la vendeuse ambulante, à l’invite des personnels de santé de l’Aibef s’assoit sur une des chaises. Pour un meilleur confort, elle enlève son bébé du dos et s’adosse confortablement.

Une sueur qui commence par ses cheveux, en passant par le front et le cou, coule. Ses paumes également sont humides. La transpiration est visible sur l’ensemble pagne et camisole, défraichi, qu’elle porte.Elle réajuste son foulard. Son bébé, qui a atterrit sur ses pieds, entre temps, regarde autour d’elle. L’enfant qui est vêtu d’un slip et d’un tee-shirt dévoilant une couche de fortune, contemple les regards étrangers, qui lui adressent spontanément un sourire. La fillette de moins de six mois, réagit par un sourire. La mère est détendue et sourit aussi.

Après un entretien avec les agents de santé de l’AIBEF, il ressort que Mme Berthé karidiatou est âgée seulement de 40 ans, même si elle donne l’impression d’en avoir plus.

Mais, contrairement aux autres patientes qui ont besoin d’être soit rassurées sur les bienfaits de la PF, ou qui sont contraintes par un époux ou la religion de s ‘en détourner, Mme K. se présente comme un cas exceptionnel. « J’ai une forte envie d’arrêter de faire les enfants. Mais soupire-t-elle, j’ai peur de commencer une chose que je ne pourrai pas terminer ». Son souci est d’ordre financier.

Campagnes de PF gratuites, mais…

J’ai pour habitude de participer aux activités menées par l’Association Ivoirienne pour le Bien-Etre Familial (AIBEF). Une association qui ne ménage aucun effort pour faire la promotion de la Planification Familiale(PF).

Et,ce mercredi du mois de décembre 2015, dans un quartier retiré de Yopougon Koweït, le témoignage d’une femme âgée de 40 ans et mère de six enfants a capté mon attention.

« Je ne veux pas souscrire à une méthode contraceptive, pourtant j’en ai envie pour éviter de contracter une 7ème grossesse. Car, passée cette campagne gratuite, je doute fort de poursuivre… J’ai peur de ne pouvoir pas réunir l’argent nécessaire pour m’ôter l’implant ou même en acheter », a confessé Mme Berté Karidiatou.

Frein aux méthodes contraceptives, la pauvreté

« Même si je choisis de poser un implant, aujourd’hui, parce que l’AIBEF m’offre gratuitement les produits. Passé le délai de cinq ans, je dois débourser la somme de 8000 Fcfa pour retirer l’implant dans une agence indiquée pour cette chirurgie.

D’ici là, je ne suis pas sûre de pouvoir économiser cette somme, au délai indiqué. Mes économies ne suffiraient pas à le faire… Je vis le jour le jour », a exposé Berté Karidiatou.

Avant de revenir sur la précarité dans laquelle elle vit avec sa famille. « Ma famille est disloquée. Mon époux par exemple, exerce de petits boulots. On s’appelle de temps en temps. C’est un menuisier ambulant…

Souvent il a du mal à s’acquitter des frais de santé ou de scolarisation de nos enfants. Mon bébé et moi avons été accueillis par une de mes sœurs.

Mes autres enfants sont également chez des tuteurs », a-t-elle poursuivi. Nos problèmes ont commencé, le jour où, nous avons été expulsés d’une maison de location de 15 000 FCFA. »

« Je ne sais pas si tu me comprends. Où vais-je trouver l’argent si j’opte pour cette méthode contraceptive ? Je préfère m’abstenir de prendre une initiative sans pourvoir l’achever », a-t-elle résolu.

M. Tia Yaké Stéphane, coordonnateur des activités des jeunes à l’AIBEF, qui a assisté au témoignage de la patiente lui propose la méthode injectable qui est à 800 FCFA par mois.

Intéressée plutôt par une interruption définitive de naissances, Madame karidiatou lui oppose un refus poli. «Merci. Moi je veux vraiment arrêter de faire des enfants. Je préfère l’implant qui va jusqu’à 5 ans », réagit-elle.

Dans ce cas, la méthode du stérilet (pour 12 ans), serait plus indiquée, suggère Mme Monney Monique. « Je ne veux pas de cette méthode du « bobodouman » (ndlr: entendez par là, celle du stérilet) ».

Selon elle, des personnes lui ont raconté que le stérilet rend stérile. Elle préfère l’implant de 5 ans.

Devant ce cas social, les agents de l’AIBEF décident finalement de prendre une décision exceptionnelle pour Mme Berté: « L’engagement de placer l’implant gratuitement et de le retirer gratuitement aussi ».

En temps normal, la campagne offre gratuitement l’implant. Mais le retrait au délai marqué (5ans) nécessite une contribution de 8000fcfa des patientes.

Rassurée par les modalités du retrait, Berthe se laisse conduire dans la cabine mobile où les sages-femmes vont procéder à l’opération chirurgicale pour placer l’implant contraceptif.

Le cas de madame Mme Berté est un problème récurrent, nous signalent les agents de santé de l’AIBEF. Les campagnes gratuites pour le positionnement de la PF dans les quartiers précaires est une belle initiative, certes.

Mais qu’en est-il du suivi de ces actions ? Surtout quand on enregistre des femmes démunies, qui comme Mme Berté Karidiatou, sont sans ressources financières. Et incapables de payer des produits contraceptifs pour limiter les naissances ?

Isabelle SOMIAN

allAfrica